17
SEP 07

Quels outils pour le coach ?

Je vis en cette rentrée de délicieux paradoxes : au cœur de chaque séance, je me sens plus démuni et vulnérable ; et mes outils de coach ne me semblent ici d'aucun secours ; bien au contraire parfois !
Et, en même temps, lorsque j'accède sans résistance à ces espaces intimes où j'ai posé l'étiquette "fragile", "interdit" ou "secret", alors mon client découvre des ressources inédites et créatrices, une plus grande liberté d'être...
Bien sûr, j'ai appris à l'école du coaching que "le coach est son propre outil". Mais j'ai d'abord voulu me nourrir à diverses écoles théoriques, avec de nouveaux modèles. Un besoin insatiable qui m'éloignait de moi-même…
Aujourd'hui, en quittant incorporant quelques modèles, je vis cette sensation étonnante de jouer pleinement de cet instrument qui est moi, avec mes résonances, ma confusion, mes doutes, le plaisir, ma propre histoire, mes paradoxes...
Et alors les étiquettes valsent : le vulnérable est simplement l'inconnu, le fragile devient précieux, le secret délivre d'autres histoires, l'interdit rime avec liberté d'être...
C'est en "supervision thérapeutique" que j'apprends à me découvrir et jouer de moi de cet outil dans toutes les dimensions. Cet espace ouvre les frontières entre pratique réflexive et travail sur soi : je comprends ici comment chaque client, qui me fait "tourner en boucle", me parle simplement d'une zone
encore redoutée ou inexplorée.

Ce travail me fait grandir de l'intérieur ; il m'ouvre aussi à de nouvelles expériences dans ma relation aux autres.

Ainsi avec Clara : cette prof de marketing, à la quarantaine élégante, se déclare en guerre contre tous les hommes dans son entourage professionnel.
Elle a pris plusieurs "tranches" d'analyse sur le divan d'une psy. Son combat est de plus en plus douloureux. Elle cherche avec moi "comment lutter contre son agressivité ?"
J'ai proposé à Clara d'expérimenter tout le contraire : "comment plonger dans votre agressivité... avec moi"
!? La séance d'avant, j'ai travaillé à côté de Clara plutôt qu'avec elle, en restant hors du champ : j'ai proposé un recadrage sur l'agressivité positive : ad-gressere c'est aussi un élan pour "aller vers l'autre"… Puis, avec un regard systémique, j'ai tenté de détricoter ses relations avec les hommes de son entourage… J'ai aussi exploré la "déflexion", un mécanisme d'évitement pour les gestaltistes… Nous avons tourné en rond, comme si je restais au bord la piscine...

Quand je m'implique dans le champ, alors tout change : après plusieurs tentatives infructueuses, Clara est troublée et me confie son désir !
Je tente un instant de rester à distance en lui proposant "d'évaluer ce désir sur une échelle de 1 à 10". L'outil produit sur elle l'effet inverse !
Le travail sur soi et la supervision sont incontournables pour le coach : pour mieux se connaître, identifier les jeux transférentiels… Et, la posture thérapeutique en coaching permet d'aller un pas plus loin :
le client répète parfois, dans son champ professionnel et avec le coach, des scénarios inachevés de son roman personnel. Accompagner cette répétition dans un cadre sécurisé permet au client de reconnaître son scénario.
Alors, je rappelle à Clara le cadre et je la laisse parler... Nommer son trouble lui permet peu à peu d'en sourire.
Le psy sait que "l'amour de transfert" de l'analysant, allongé sur le divan, ne lui est pas destiné, mais s'adresse à quelqu'un d'autre.
Et le coach a tout intérêt à ne pas se couper de ces sources !
Alors je questionne : "Clara, je suis une surface de projection pour vous… Je me demande à qui s'adresse votre désir ?"

Clara prend alors le temps de revisiter les méandres de l'Œdipe au féminin. Elle prend conscience que son agressivité est l'autre versant de son désir et une manière de s'en protéger. Elle évoque la "compétition" avec les femmes aussi, elle me questionne et je lui apporte quelques éclairages : "L'
Œdipe, c'est le désir naturel d'une petite fille qui rêve d'éveiller l'attention de son père et qui reçoit de lui affection et protection. Si, à la place de cet amour paternel et protecteur, elle ne rencontre pas d'interdit, sa construction personnelle et son identité de femme se trouvent entravée" (d'après Maryse Vaillant).
Clara a terminé la séance en partageant son envie d'autres relations et aussi de reprendre son analyse avec, cette fois, un psy plutôt qu'une femme…

Pour aller plus loin :

  • Répéter, Reconnaître, Réparer : "Pour qu'il puisse y avoir changement, paradoxalement, il est nécessaire que quelque chose se reproduise. C'est le premier élément du triptyque : reproduction, reconnaissance et réparation. Le coach n'est pas thérapeute, il ne répare pas, il peut simplement aider son client à prendre conscience de ce qui se rejoue et reconnaître un scénario qui crée une impasse." Dominique BAUMGARTNER Cree-Coaching & Laurent ODDOUX Trajectives.
  • La répétition des scénarios de vie. Demain est une autre histoire. Jean COTTRAUX. Editions Odile Jacob. Nous répétons des scénarios qui nous font déraper vers des symptômes qui ne sont pas vraiment adaptés à notre moi profond. Jean Cottraux, psychiatre comportemental et cognitif, nous explique, sur un ton clair et plein d'humour et avec des références cinématographiques, pourquoi nous recommençons toujours les mêmes erreurs et comment nous pouvons en sortir.
  • Mensonges sur le divan. Irvin D. YALOM. Editions Galaade. Un époustouflant "thriller psychanalytique" d'un thérapeute qui parle à la première personne de ses doutes, ses désirs, ses échecs, ses succès, ses démons…